Les Dauphins, 55 ans d’histoire et d’avenir

Cette année, Les Dauphins fêtent leurs 55 ans.

Cette année, Les Dauphins fêtent leurs 55 ans. L’occasion de regarder le chemin parcouru, d’ouvrir une réflexion plus large sur ce que raconte une entreprise comme celle-ci quant à notre façon de travailler, de produire, d’inclure et, au fond, de faire société.

Pour en parler, nous avons pris un petit café avec Harold Goderniaux, directeur général de l’entreprise et lui avons posé quelques questions.


Que représente, en interne, les 55 ans des Dauphins ?

D’abord, une immense fierté. Les Dauphins, c’est la preuve qu’un projet à la fois économique et social peut tenir dans le temps, évoluer, grandir et rester fidèle à son cap. Cinquante-cinq ans plus tard, l’entreprise est toujours là, bien vivante, solide, résiliente. C’est une réussite qui montre qu’on peut conjuguer activité économique et projet humain sans renoncer à l’une pour sauver l’autre.

Que te permet ​de voir cet anniversaire autrement ?

Cet anniversaire oblige à regarder loin. Pas seulement derrière, mais devant. Il invite à se demander ce que seront Les Dauphins dans 10 ans, dans 20 ans, dans 55 ans. Dans un contexte économique instable, où les métiers bougent, disparaissent ou se transforment, la vraie question devient celle de la capacité à durer, à s’adapter, à rester utile.

Les Dauphins ont déjà démontré leur résilience. L’enjeu, aujourd’hui, c’est de la renforcer encore, pour continuer à faire face aux changements sociaux, économiques et environnementaux à venir.

Y a-t-il des souvenirs ou des héritages qui raconte​n​t bien ce que sont Les Dauphins ?

Oui. Il y a d’abord ces photos des débuts, prises au foyer de Beuzet, où l’on voit les premiers ateliers de fortune, les premières palettes, les premiers gestes. On y lit quelque chose de très fort : l’entreprise est née avec peu, mais avec de l’intelligence, du bon sens et une capacité à faire beaucoup avec peu.

Cet esprit-là n’a pas disparu. Il fait toujours partie de l’ADN de la maison.


Et puis il y a des traces plus locales, plus concrètes, presque affectives. Les abris de jardin fabriqués autrefois par Les Dauphins, par exemple, continuent à vivre dans la mémoire collective gembloutoise. Certaines activités disparaissent, mais elles laissent une empreinte.


Quand on parle des Dauphins aujourd’hui, de qui parle-t-on avant tout ?


On parle de personnes. De personnes qui ont été cabossées par la vie, parfois dès la naissance, parfois plus tard, et qui ont dû réapprendre un chemin, une place, une manière d’avancer.


Les Dauphins, c’est un lieu où ce chemin peut se faire. Parfois pour un temps. Parfois pour longtemps. Parfois jusqu’à retrouver assez d’autonomie pour partir ailleurs. Et quand cela arrive, c’est une joie immense.


Mais il y a aussi celles et ceux qui choisissent de rester, parce qu’ils ont trouvé ici plus qu’un emploi : une communauté, une stabilité, un cadre dans lequel ils ont pu grandir et auquel ils ont eux-mêmes contribué.


Qu’est-ce que les travailleurs des Dauphins t’apprennent au quotidien ?


Ils m’apprennent à déplacer mon regard. À revoir mes exigences, ou plutôt à comprendre qu’elles ne sont pas moindres, mais différentes.


Travailler ensemble, ici, oblige à écouter davantage, à faire une place réelle à l’autre, à renoncer parfois à une partie de son confort ou de ses réflexes. C’est une école de coopération. Et quand cette coopération existe vraiment, les projets ont plus de sens, plus de force, plus de justesse.


Y a-t-il des moments qui t’ont particulièrement marqué ?

Oui, notamment ces moments où l’on voit surgir un potentiel qu’on n’avait pas mesuré à ce point.

Quand un projet ambitieux arrive, on se dit parfois qu’il faudra des mois pour qu’il prenne forme. Et puis, contre toute attente, les équipes s’en emparent, avancent plus vite que prévu, créent, proposent, dépassent ce qu’on imaginait. Ce sont des moments très forts, parce qu’ils rappellent qu’en laissant de l’espace et de la confiance, il peut se passer des choses remarquables.


Il y a aussi des moments plus difficiles. Ceux où l’on doit reconnaître qu’on ne sait pas suffisamment accompagner une situation. C’est douloureux, mais c’est aussi une forme d’honnêteté. Cela oblige à l’humilité, et parfois cela ouvre d’autres portes. Certaines personnes trouvent ailleurs, dans d’autres structures, une place qui leur convient mieux. Et cela aussi, il faut savoir s’en réjouir.


Quel type de directeur essayes-tu d’être ?


Un directeur soutenant, encourageant, guidant. Quelqu’un qui donne un cap, mais qui reste humain dans sa manière d’habiter sa fonction.

Diriger, ce n’est pas tout maîtriser. C’est aussi avancer parfois dans l’inconnu, reconnaître ses erreurs, accepter ses limites et continuer malgré cela à construire un cadre rassurant pour les autres.


Qu’est-ce qui te touche le plus dans ton travail aujourd’hui ?


Le fait de reconnaître, chez d’autres, un combat que j’ai moi-même connu.

Je suis handicapé de naissance. J’ai longtemps essayé de cacher cette fragilité, comme si la force passait par là. Avec le recul, je crois que cela a été à la fois une fierté et une erreur.


Alors quand je vois d’autres personnes traverser ce chemin d’acceptation, cela me touche profondément. Parce que je sais à quel point cette étape est difficile. Mais je sais aussi qu’une fois ce deuil traversé, autre chose devient possible : une manière plus libre d’être soi et d’avancer.


Selon toi, qu’est-ce que les gens comprennent mal quand ils regardent une ETA de l’extérieur ?


Ils voient d’abord les limites. Pas le potentiel.

Ils projettent des fragilités, des risques, des difficultés, là où il faudrait aussi voir des compétences, de l’exigence, du savoir-faire. Aux Dauphins, la qualité n’est pas un supplément d’âme. C’est une vraie exigence de travail.


Il ne s’agit pas d’attendre moins. Il s’agit de reconnaître autrement. Et de comprendre que les personnes ici sont capables de faire aussi bien, parfois mieux, que dans des cadres dits ordinaires.


Qu’est-ce qu’on ne voit pas forcément au premier regard, mais qui dit beaucoup des Dauphins ?


On ne voit pas tout de suite la profondeur de la culture d’entreprise. La qualité. La sécurité. Le respect. La solidarité.


On ne voit pas immédiatement non plus tous les talents présents dans les ateliers, sur le terrain, dans les équipes. Pourtant, ils sont là. Les Dauphins sont une entreprise de savoir-faire, portée par des personnes qui ont de vraies compétences, souvent discrètes, mais solides.


De quoi es-tu le plus fier aujourd’hui ?


De voir que les personnes les plus anciennes, celles qui ont connu de nombreuses étapes de l’entreprise, restent présentes dans les mouvements de changement.


Quand elles disent qu’elles sentent encore de l’avenir, des projets, une dynamique, cela veut dire beaucoup. Cela veut dire qu’on ne trahit pas l’histoire en avançant. Qu’on la prolonge.


Qu’aimerais-tu transmettre à travers cet anniversaire ?


Qu’il est possible de construire collectivement un autre modèle.

Un modèle dans lequel le bien-être, l’activité économique, la valorisation des personnes, l’ancrage territorial et la durabilité ne s’opposent pas. Un modèle qui tienne ensemble ce qu’on sépare trop souvent.

Et si Les Dauphins fêtent aujourd’hui leurs 55 ans, ce n’est pas seulement pour célébrer le passé. C’est aussi pour rappeler qu’une autre façon de travailler existe déjà.